Le Parlement de la Catalogne prévoit ce mercredi l’approbation d’une
Déclaration de Souveraineté, traduisant ainsi la volonté du peuple catalan de
décider de son propre futur sans limitations. Il existe un accord universel
dans toutes les véritables démocraties dont une des règles de base est que la
démocratie en soi n’a pas de limitation dans son application à condition que
les adoptions soient approuvées par une majorité. En fonction du thème, on peut débattre si la
majorité doit être simple ou qualifiée. Or ce qu’approuvera le parlement
catalan est une déclaration d’intentions, sans doute extrêmement importante,
mais rien de plus. Certes, elle met sur la table la grande essence de la
démocratie telle la décision collective de rendre effectif le désir d’une
collectivité de vivre comme elle le souhaite.
Le poète catalan Salvador Espriu disait que « les hommes ne peuvent être s'ils ne sont pas libres ». Faut-il en dire plus pour comprendre cette essence de
l’Humanité ? Mercredi, au Parlement de la Catalogne, nous aurons la preuve
qu’il y a des hommes et des femmes qui la comprennent parfaitement et d’autres
qui la nient. D’un côté, il y a le parti qui gouverne la Catalogne, CiU (centre
droite nationaliste) en compagnie du principal parti de l’opposition ERC
(socio-démocrate indépendantiste). Ensemble, ils représentent plus qu”une
simple majorité avec 71 sur 135 députés, mais heureusement, ils comptent aussi
sur les éco-socialistes de ICV et la CUP (extrême gauche indépendantiste). ICV,
qui se déclare en faveur d’un modèle confédérale, n‘a jamais remis en doute le
fait que « les hommes ne peuvent être si ils ne sont pas libres » et pour cette
raison votera que le droit d'autodétermination est plus important que n’importe
quel modèle de souveraineté. En effet, nous parlons de 84 députés, c’est-à-dire
quasi les deux tiers de la chambre, qui optent pour convoquer le peuple catalan
à décider librement de son futur, respectant certainement le délai de fixé à
2014.
Dans l'opposition, il y existe un bloc très explicite formé par le PP et
C’s qui nient le caractère de nation de la Catalogne et par conséquent, tout
type de reconnaissance du droit d'autodétermination sans la permission de
l’Espagne. Il est par contre important de cerner que la Catalogne est à
l’origine du premier parlement d’Europe - au XIème siècle avec les Assemblées
de Pau i Treva - et avait commencé à célébrer ses propres « Corts Catalanes »
dès le XIIIème siècle, alors que le concept même de l’Espagne n’existait pas
encore. L’Espagne, telle perçue actuellement, naquit d’un concept
constitutionnel en 1812, presque un siècle après que la Catalogne, en tant que
sujet souverain, fut anéanti par l’oppression de Phillipe V de Castille.
Mais il y aussi un troisième bloc, en discorde, formé par le PSC
(socio-démocrate s espagnols). Quant à eux, ils ne nient pas la nécessité de
consulter le peuple catalan mais curieusement, lui nient la capacité souveraine
de pouvoir le faire. En d’autres termes, ils approuveraient une déclaration de
souveraineté sans reconnaître au peuple catalan cette capacité. En effet, le
PSC ne reconnait la capacité souveraine que de ceux qui, directement ou
indirectement, ont affirmé que la Catalogne n’a droit à rien, celle de
l’Espagne. Certes, c’est un positionnement politique que seulement les experts
de Kafka peuvent tenter de comprendre.
Il conviendrait peut-être à ces indécis de relire ces deux phrases de deux
présidents des États-Unis, une nation qui par ailleurs s’est autodéfinit en
tant que peuple, le 4 juillet 1776, et ont décidé de se séparer de la métropole
britannique ignorant le débat de si ils étaient un sujet souverain ou pas : «
L’aspiration démocratique n’est pas une simple phase récente de l’Histoire de
l’Humanité. C’est l’Histoire de l’Humanité », disait Franklin Delano Roosevelt.
Et pour finir, une autre phrase de Theodor Roosevelt: « une grande démocratie
doit progresser ou bientôt elle ne sera ni grande ni démocratie ». Ainsi, le
Parlement de la Catalogne décidera de progresser, pour ne pas interrompre sa
pratique de grande démocratie.
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David de Montserrat
Journaliste et écrivain
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