vendredi 19 septembre 2014

Mini-douche écossaise pour la Catalogne qui encourage l'Espagne à imiter la Grande-Bretagne et à autoriser son vote


On s'en doute la Catalogne regardait de très près le référendum organisé ce jeudi en Ecosse. Et les Catalans d'espérer que le oui à l'indépendance l'emporte pour créer une dynamique démocratique du droit à l'auto-détermination des régions à l'autonomie plus ou moins larges en Europe.

Finalement, c'est le non à l'indépendance de l'Ecosse qui l'a emporté. A une très nette majorité même (55,3%) et c'est la dynamique espérée qui s'arrête. Bruxelles, qui craignait même une contagion, s'est dit "soulagé" par la voix du président du Parlement européen, Martin Schulz. Interrogé par une radio allemande, Schulz espère voir une autre dynamique s'ouvrir, celle d'autonomies larges à l'intérieur des espaces nationaux. "Si l'on arrive maintenant en Ecosse à une autodétermination raisonnable culturelle, économique (...) tout en restant dans le Royaume-Uni, alors cela peut devenir un modèle qui peut contribuer à satisfaire d'autres régions".

"Je ne m'explique pas pourquoi nous ne pouvons voter comme en Ecosse"

Mais, en attendant, c'est un autre modèle que les Catalans entendent voir s'appliquer dans leur cas: ils veulent eux aussi voter! Les Catalans se heurtent toujours au refus du gouvernement espagnol d'organiser un référendum le 9 novembre 2014.

Et c'est d'ailleurs l'angle d'attaque de la Generalitat après le résultat du référendum ecossais. Si le gouvernement catalan n'a pas forcément commenté le résultat du vote en Ecosse, il a félicité le Premier ministre britannique David Cameron d'avoir organisé ce vote et encourage Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol, à en faire autant.



C'est la vice-présidente de la Generalitat, Joana Ortega, qui l'a affirmé dans un message sur Twitter ce vendredi matin. "Je ne m'explique pas pour quelle raison démocratique nous ne pouvons pas faire comme en Ecosse. Nous voulons parler, écouter, débattre et décider".

Ce vendredi, la Generalitat doit entériner sa loi dite de "consultation non référendaires". Avant le vote, le président de la Generalitat, Artur Mas, devrait s'exprimer vers 13h. Il devrait, comme ces derniers jours, utiliser le référendum écossais comme un exemple qui devrait suivre l'Espagne pour autoriser la consultation catalane.


Le 19 septembre, par Stéphane Sicard

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mercredi 10 septembre 2014

Catalogne, un avenir en miroir : 11-9 et 9-11



V comme Volonté : une manifestation qui prévoit une affluence record !


Carme Forcadell et Muriel Casals peuvent en être fières : l’Assemblée Nationale Catalane et Omnium Cultural ont réussi leur pari. Le pays se mobilise une nouvelle fois pour réaffirmer son droit à l’autodétermination.

En effet, Carme Forcadell confirme aujourd’hui que l’objectif de dépasser le nombre d’inscrits de l’an passé (à savoir 455’000) est atteint : 500’000 personnes se sont déjà engagées à constituer, dans deux rues de Barcelone, une immense mosaïque humaine, en forme de V.

Que sont 500’000 personnes sur une population qui en compte 7,5 millions, ricaneront les esprits chagrins ? Les esprits malins leur rétorqueront q
ue lors de la Via Catalana de 2013, 455’000 inscrits ont drainé près de deux millions de citoyens. Et que jeudi, il en viendra bien plus, au nom de la volonté. Et de la dignité d’un peuple qui clame jusqu’au ciel sa fierté d’appartenir à une nation, peut-être assujettie par les armes, mais jamais, au grand jamais, asservie.

V comme Victoire : la mobilisation de tout un pays !

Ne pensez pas que les seuls Barcelonais dessineront le V, ce long serpentin rouge et jaune, aux couleurs de la senyera, le drapeau catalan.

Non, c’est le pays tout entier qui se mobilise pour créer cette mosaïque qui s’étendra sur un trajet long de 11 km, que les organisateurs ont divisé en trams  pour une planification optimale. A chaque tram correspond une région, une commune, qui se charge elle-même de le remplir, qui organise elle-même le trajet de ses citoyens jusqu’à la capitale (1’500 autocars ont été réservés), et ce afin de garantir une répartition équilibrée des manifestants tout le long du parcours de la mosaïque.

De fait, il existe des antennes de l’ANC dans tout le pays, et elles se chargent de la logistique de l’événement. Chaque Catalan, chaque Catalane peut s’inscrire en ligne (site web de Ara és l’Hora) ou par téléphone, individuellement ou par groupe, et choisir le tram dans lequel il ou elle se rendra, et la couleur, jaune ou rouge qu’il ou elle arborera. Un « Kit de la V » est proposé, pour 15 euros, avec le TShirt de la couleur choisie.

Selon Ara.cat, 90 % des trams sont pleins ou presque pleins, et nul doute que les deux jours qui viennent permettront aux organisateurs de remplir les 10 % restants.

Et c’est déjà une première victoire, n’en doutez pas : imaginez un peu l’organisation en termes de logistique … plus de 500’000 personnes, qui doivent, à une heure précise (16h00) rejoindre un point précis (leur tram) pour, à une autre heure précise (17h14), s’aligner en rangées de 36 personnes très exactement, avec une alternance de couleur (et donc de TShirt) chaque 4 personnes !

Imaginez la discipline qu’il faut afin que la mosaïque soit une réussite, et dessine la senyera … 7’000 volontaires bénévoles sont d’ailleurs mobilisés pour placer chaque personne à la bonne place.

Et sachez qu’il n’y aura pas d’incidents, pas de bousculade. Aucune panique. Sachez que les Catalans viendront en famille, avec leurs enfants et leurs parents, et qu’aucune vitrine, aucune devanture d’un quelconque commerce ne sera salie, taggée, brisée. Du moins, de leur fait.

Non, ce sera une manifestation pacifique, démocratique … et joyeuse. Cinquante associations de « castellers » bâtiront des tours humaines, mille deux cents chorales entonneront l’hymne national, Els Segadors.

Et pour ceux qui ne pourront y être, et qui en pleurent déjà, sachez enfin qu’il y a eu, de par le monde, plus de 80 répliques de la V de Barcelone. Les Catalans de l’étranger, eux aussi, se sont mobilisés.

Oui, cette union d’un peuple autour d’un rêve commun est déjà une victoire. Une très belle victoire.

V comme Vote : du 11-9 au 9-11 !

Dans un communiqué de l’ANC, sa présidente, Carme Forcadell annonce clairement son objectif : « La V sera un message clair au monde, (qui exprime) la volonté majoritaire de la Catalogne de faire et de gagner la consultation du 9 novembre ».

Le peuple catalan, lors des élections anticipées de 2012, a élu un Parlement aux ¾ en faveur du « droit à décider ». Le gouvernement a donc suivi ce programme, et après l’affluence massive de la population lors de la Via Catalana du 11 septembre 2013, a annoncé qu’il organiserait un référendum en 2014.

Mais l’Espagne ne possède pas la même culture démocratique que celle qui prévaut en Angleterre.

Alors que Cameron, face aux derniers sondages qui donnent la victoire aux indépendantistes écossais, exprime clairement avoir entendu les préoccupations de cette région frondeuse, et lui offre donc un autogouvernement accru, et de meilleures conditions fiscales … alors que l’Angleterre joue le jeu de la démocratie, accepte le vote, fait campagne pour le « non » et propose des alternatives, et bien l’Espagne de Rajoy se raidit, déprécie, menace, interdit les urnes.

Ce lundi, devant les délégués du Partido Popular (PP), lors de la réunion du comité exécutif national du parti, le Premier Ministre espagnol réitère donc son opposition à toute consultation en Catalogne, et assure qu’il se tient prêt à agir pour freiner le processus indépendantiste catalan.

Et les mesures de coercition ne manquent pas …

Rappelons-le : l’Espagne a interdit le référendum, parce que contraire à sa Constitution, qui prône l’indivisibilité de la nation espagnole. Le Parlement catalan a donc préparé une loi de consultation populaire, non référendaire, ce qui reste dans ses compétences, et permet ainsi au gouvernement catalan d’agir en toute légalité. Mais Rajoy peut présenter un recours devant le Tribunal Constitutionnel et attaquer cette loi que doit approuver ces prochains jours le Parlement catalan, et ainsi interdire la consultation.

Ou, plus grave encore, il peut démettre de ses fonctions le Président Mas, sous prétexte qu’il ne respecterait pas la Constitution espagnole. Et installer un Madrilène à la Generalitat. Et ainsi suspendre l’autonomie de la Catalogne.

Et ainsi se révéler dans toute sa splendeur de potentat autoritaire.

Et ainsi révéler au monde que si l’Espagne ne bombarde plus la Catalogne chaque 50 ans, elle l’enterre un peu à chaque année qui passe et la voit encore privée de sa souveraineté. Saignée par le déficit fiscal. Menacée dans sa langue, et méprisée pour sa culture.

Le 15 octobre 1940, Lluis Companys, Président démocratiquement élu de la Catalogne, livré à Franco par la Gestapo allemande, criait encore « Per Catalunya ! » alors que les balles le transperçaient.

Ce sont des choses qui arriv(ai)ent, là-bas, en Catalogne.

Par Beatrice Riand et Stephane Riand

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samedi 19 juillet 2014

Espagne : une loi au parfum de franquisme


Malgré les nombreuses oppositions, le gouvernement conservateur espagnol a finalement adopté son projet de loi sur la "sécurité citoyenne", en suspens depuis l'automne dernier. Celui-ci prévoit pour des fait de manifestations des amendes sans jugement pouvant atteindre une soixantaine d'années du salaire minimum.
Manifestation contre l'austérité à Madrid en juillet 2012 (photo © AFP – PEDRO ARMESTRE)

Ordre
17.07.2014par Pascal PriestleyNi les protestations de la société civile, ni les réserves des autorités judiciaires ou du Conseil d'Etat, ni les inquiétudes d'organisations internationales (Amnesty, OXFAM, Greenpeace...), ni la (molle) opposition du Parti Socialiste (PSOE) n'ont finalement fait réellement fléchir Mariano Rajoy. 

Légèrement atténué mais confirmé dans ses grandes lignes et sa philosophie répressive, son projet sur la « sécurité citoyenne » a été adopté par son gouvernement conservateur le 11 juillet, après neuf mois de controverses et dans la torpeur de l'été. Celle-ci se révélant propice aux réformes à problèmes et leParti Populaire au pouvoir (droite) disposant de la majorité absolue au parlement, le vote définitif pourrait intervenir dans les prochaines semaines. 

Pour le ministre de l'intérieur, le nouveau dispositif - qui couvre un vaste champ mêlant les perquisitions, fouilles, manifestations de rue et ... prostitution - garantira « plus et mieux la sécurité citoyenne, avec d'avantage de sécurité juridique ». Pour ses opposants qui l'ont qualifiée de « loi-muselière », c'est un monstre juridique liberticide. Son objectif, estime Joaquim Bosch, porte parole de l'association de magistrats « Juges pour la démocratie » est de donner « au gouvernement un instrument pour faire taire les critiques sociales ». 

Rassemblement contre une expulsion
en 2012 (photo AFP)
Sur mesure
Ses dispositions, en tout cas, semblent clairement taillées sur mesure pour répondre aux diverses formes de protestations nées avec la crise, en accordant à l'administration un pouvoir punitif arbitraire sans précédent depuis Franco. 

Contre les campements dans des lieux publics popularisés par le mouvement des Indignés en 2011-2012 et sporadiquement réitérés depuis, le texte punit le « refus de dissolution de réunions et de manifestations dans des lieux de passage public ». 

Contre les rassemblements visant à empêcher les expulsions immobilières, innombrables avec la crise et combattues par différents collectifs, la nouvelle loi punit « l'obstruction visant à empêcher à toute autorité ou employé public » l'exécution des « résolutions administratives ou judiciaires ». 

Contre les débordements qui ont émaillé les fins de manifestations au cours des dernières années : un article dédié à « la perturbation au déroulement d'une réunion ou manifestation », définition vague qui ouvre le champ libre aux interprétations policières. 

Pour ces différentes atteintes à l'ordre public, la sanction encourue s'échelonne de 600 à 30.000 euros, selon l'humeur de l'administration. Le même tarif s'applique aux rassemblements non-autorisés aux abords du Congrès des députés, du Sénat ou des Assemblées régionales. 

Contre les escalades spectaculaires de bâtiments publics, particulièrement prisées par l'organisationGreenpeace, le nouveau texte double les peines encourues en les faisant passer à 600 euros. Des militants de cette ONG n'ont d'ailleurs pas tardé à y répondre par l'escalade d'une tour de 90 mètres près de Palais de la Moncloa, résidence officielle du chef du gouvernement. 

Affrontements à Madrid le 22
mars 2014 (photo AFP)
Affrontements à Madrid le 22 mars 2014 (photo AFP)

Soixante-six ans de salaire d'amende
On passe à une autre échelle de répression pour les fautes qualifiées de « très graves » : parmi elles, l'organisation de manifestations non autorisées dans des infrastructures publiques susceptibles de mettre en danger les personnes ou simplement de « perturber le fonctionnement des services publics » (article 35.1). Amende encourue : 600.000 euros, soixante-six ans du salaire minimum espagnol. Bon prince, la loi précise qu'elle doit tenir compte des ressources du réprimé. 

Ces peines n'ont pas besoin de juge pour être prononcées. Elles sont à la discrétion du Ministère de l'intérieur pour les plus graves, voire du Secrétaire d’État à la sécurité pour les autres. 

Le gouvernement affirme par cette loi sécuritaire répondre à une « demande de la population », argument qui peut sembler plaisant dans un pays surtout dévasté par un chômage de près de 30 % - 50 % dans la jeunesse et certaines régions - et par l’appauvrissement de couches entières de la dite population. 

Selon la dernière étude du Centre d'études sociologiques, la question de la sécurité n'est la priorité première que pour … 0,4 % des Espagnols et l'une des trois priorités pour 2,8 % d'entre eux. 

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lundi 28 avril 2014

Panama, "kriegspiel" autour du canal




Il y aura peut-être bientôt un nouveau scandale de Panama. Un scandale révélateur comme le précédent de nouveaux rapports de force. Hier, à la fin du XIXe siècle, il s’agissait de la France et des Etats-Unis. Aujourd’hui c’est l’Espagne qui est au cœur d’un nouveau drame géopolitique, avec toujours les Etats-Unis, mais aussi la Chine, le Brésil et bien d’autres puissances montantes.

Panama, a fait rêver les navigateurs, voyageurs et commerçants, depuis cinq siècles. Le rêve a pris parfois les couleurs du drame. Les grands de ce monde ont bataillé pour contrôler tout ou partie de l’isthme. L’Espagne, en dépit de grignotages britanniques, a occupé l’Amérique centrale pendant quatre siècles. Simon Bolivar, libérateur des Amériques, voulait en faire le centre du monde. L’isthme a été disputé par Anglais et Etasuniens tout au long du XIXe siècle. Les Français ont essayé de les départager en fin de période. Les Nord-Américains ont raflé la mise en 1903 et construit à Panama un canal transocéanique ouvert au trafic maritime en 1914. La Russie soviétique, cinquante ans plus tard, a mis son grain de sel. Avec Cuba, elle a tenté de prendre pied au Nicaragua et au Salvador cinquante ans plus tard. 




La fin de la guerre froide avait apaisé les appétits rivaux semblait-il. Elle avait fabriqué une paix régionale en dominos, du Nicaragua au Salvador, en passant par le Guatemala. Les Etats-Unis avaient démantelé leurs bases militaires et rendu le canal aux Panaméens en 1999. Les enjeux de la puissance, et des rivalités internationales, glissaient plus à l’Est vers le Golfe arabo-persique avant de se focaliser sur l’Asie du Sud-est. L’isthme rendu à sa fonction de couloir allait être oublié du monde pendant quelques années. Les aléas de la compétition économique mondiale, exacerbée par la crise occidentale, les ambitions d’Etats latino-américains ayant gagné en assurance, le regard invasif des Asiatiques sont en train d’éveiller de nouvelles concurrences. L’isthme en général et Panama en particulier, sont vus comme une jugulaire articulant divers espaces économiques majeurs. L’intuition de Bolivar a été réactualisée par le dynamisme du commerce maritime, entre Asie et Amériques, Amériques et Europe, Afrique, Proche-Orient et Pacifique américain. 

Les pièces d’un kriegspiel centrées sur Panama se sont successivement mises en place de façon accélérée. La réactivation économique latino-américaine, le dynamisme croissant du commerce avec la Chine et ses voisins asiatiques, ont eu comme première conséquence, la décision prise par Panama de moderniser un canal vieux de prés d’un siècle. C’était en 2009. L’appel d’offre visant à créer de nouveaux jeux d’écluses permettant le passage de bateaux gros porteurs, de 15 à 20 mètres de tirant d’eau et 366 mètres de long, a été gagné par un consortium conduit par une entreprise de BTP espagnole, Sacyr. Le secteur sinistré en Espagne depuis 2008 poussait les sociétés de travaux publics à une agressivité commerciale croissante. Le gros œuvre, selon le contrat signé à ce moment là avec l’Autorité du canal de Panama, devait être achevé en 2015. 

Cette décision accompagnait une conjoncture restant orientée au vert, marquée par la montée en puissance des échanges maritimes. Panama, a bénéficié de ce climat, tout comme de la récupération des installations cédées par les Etats-Unis en décembre 1999. Sa croissance annuelle a été de l’ordre de 7 à 10% pendant la période. Cet argent a été investi dans l’amélioration d’infrastructures annexes, routes, transports ferroviaires urbains. D’autres acteurs internationaux sont alors entrés dans le jeu. Certains ont offert leurs services pour emporter des marchés locaux. Le Japon a ainsi proposé le plan de financement d’une ligne de métro. D’autres ont anticipé la réorganisation du trafic maritime, et son effet d’entrainement sur la politique d’embargo des Etats-Unis à l’égard de Cuba. Les ports de Houston et Miami ont engagé de grands travaux de modernisation. Et tout en face, à Mariel près de La Havane, le Brésil a financé et construit un énorme port de redistribution de conteneurs, au cœur d’une zone franche. Le Mexique qui avait oublié la région, depuis une dizaine d’années, a annulé 70% des dettes cubaines à son égard. Le Mexique est prés de signer un accord de libre échange avec Panama. Le président, Enrique Peña Nieto, a mis l’accélérateur sur une coalition régionale mise en œuvre par son pays, l’Alliance du Pacifique. Le Costa-Rica a annoncé le 10 février 2014, son intention de rejoindre cette organisation. Panama devrait bientôt suivre. 

Les émergents asiatiques sont à l’affût. La Turquie négocie un accord de libre-échange avec le Costa-Rica. Elle envisage l’ouverture d’ambassades au Costa-Rica et à Panama. Le Président chinois, Xi Jinping, a visité la région en juin 2013, une région traditionnellement favorable au frère ennemi taïwanais. Le Costa-Rica, qui préside la CELAC (la Communauté des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe)en 2014, a signé avec la RPC une batterie d’accords bilatéraux à portée commerciale. Les entreprises chinoises ont multiplié les offres visant à doubler ou tripler dans un esprit concurrentiel les couloirs transocéaniques. Une entreprise chinoise, CHEC (Chinese Habor Engineering Company), a signé un traité visant à construire un canal sec, une voie ferrée au Honduras, d’Atlantique au Pacifique. Une autre, HKND, a négocié et fait adopter en un temps record par le Nicaragua une sorte de traité inégal, accordant à un financier chinois le droit de construire un canal transocéanique et de devenir le propriétaire des terres adjacentes. 








La voiture serait-elle allée trop vite ? Les travaux d’élargissement du canal sont aujourd’hui en effet interrompus. Le consortium conduit par l’espagnol Sacyr s’est déclaré incapable de terminer les travaux. 70% du gros œuvre est pourtant achevé. Mais à cause peut-être de cela, Sacyr et ses associés belges et italiens, demandent à l’Autorité du canal une rallonge correspondant à un tiers de l’appel d’offre pour terminer le chantier. Les Chinois restent mobilisés du Honduras au Nicaragua, comme les Brésiliens à Cuba. Mais ce sont les Etats-Unis qui ont tapé du poing sur la table, début février 2014, et exigé une reprise des travaux dans les plus brefs délais. 




Cette réaction nord-américaine est dans l’ordre des textes et des rapports de force. Le traité de rétrocession du canal donne aux Etats-Unis un droit de co-regard. Ils en restent d’autre part les premiers utilisateurs. Ils sont logiquement les premiers intéressés à sa modernisation. Le gouvernement espagnol qui est très dépendant des marchés extérieurs, et plus particulièrement de ceux d’Amérique latine, a envoyé sur place l’un de ses ministres. Ce fiasco entrepreneurial vient après bien d’autres. La crise économique a sensiblement réduit la voilure de l’Espagne. Déjà en novembre 2013 la dernière conférence ibéro-américaine, qui se tenait à Panama, avait été boudée par un très grand nombre de chefs d’Etat latino-américains. Ils étaient en revanche tous à Cuba fin janvier 2014 pour assister au deuxième sommet de la Communauté des Etats de l’Amérique latine et de la Caraïbe. 




A l’image de l’Espagne, l’Europe a mal pris la marche panaméenne. La France accuse de façon récurrente Panama d’être un paradis fiscal depuis 2010. Panama a menacé de réviser les grands contrats signés avec des entreprises françaises. L’Union européenne a négocié en 2012 des accords commerciaux avec les pays de la zone qui ne sont pas encore ratifiés. Bruxelles a par ailleurs signalé en janvier 2014 une révision de sa politique à l’égard de Cuba. Certes les jeux sont loin d’être faits. Mais rien ne va plus…

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dimanche 6 avril 2014

Laissera-t-on voter aux catalans?

Ceux qui ont jeté un coup d’oeil à la presse espagnole ces dernières semaines, surtout celle éditée à Madrid, doivent croire que l’on est de retour en 1898. Les titres, peu d’impartialité et à la recherche du sensationnalisme, parlent de la "menace du séparatisme" et les principaux partis politiques proclament leur soutien à l’Etat lorsqu’il annonce une position "inflexible" face à ceux qui attentent contre "l’unité indissoluble de l’Espagne".

Cette fois-ci, contrairement à l’an 1898, les séparatistes ne vivent pas dans les lointains Caraïbes ni dans les marécages cubains, mais au sein de la péninsule ibérique, en Catalogne. La menace que ressentent les hommes politiques madrilènes ne vient pas des machettes levées par les rebelles cubains indépendantistes, mais de la plus démocratique des demandes: le vote. L‘alarme atteint de niveaux d’hystérie car les catalans ont décidé de choisir une date au référendum pour décider s’ils continuent unis à faire partie de l’état espagnol ou s’ils s’organisent comme nation indépendante. Puisque l’état central refuse même de parler de l’affaire, ils ont décidé d’appeler eux-même au référendum définitif.

La décision a été prise par les partis politiques qui représentent la majorité des catalans, et qui en plus, constituent plus de deux tiers des députés du parlement régional, ce qui garantit leur approbation. Après les pourparlers, ils ont décidé de faire le référendum le 9 novembre 2014. Il faut souligner qu’ils se sont aussi mis d’accord sur les questions qui y seront posées. D’abord, on demandera aux catalans s’ils veulent que Catalogne soit un Etat et, si la réponse est affirmative, on demandera s’ils veulent que cet état soit indépendant.

Les pourparlers qui ont abouti à la date du référendum et aux questions, ont pris plusieurs mois. La plupart des partis soutient l’indépendance, mais à Convergència i Unió, la coalition au gouvernement, il y a Unió Democrática de Cataluña (UDC), dont les dirigeants penchent pour une sorte de "libre association" avec l’Espagne. Cela explique le choix de deux questions, dont la première plaît aux gens d’UDC et la deuxième aux indépendantistes.

Même si cette ambigüité pouvait ouvrir la porte à une sortie non indépendantiste – comme l’a fait remarquer depuis l’Angleterre un important journal londonien - la réaction du gouvernement central a été un rejet total, refusant directement de reconnaître le moindre droit à la libre détermination. Cette position qui va contre le principe d’autodétermination a été partagée par le parti d’opposition, Partido Socialista Obrero Español (PSOE), ce qui montre qu’un front uni de tous les partis nationalistes espagnols se dresse face aux catalans.

Ce mur de rejet, malgré qu’il soit maintenant plus visible, a existé depuis le premier moment où les partis catalans, encouragés par le référendum indépendantiste négocié au Royaume Uni sur la situation de l’Ecosse, ont exigé que le “droit à décider” l’avenir de leur nation leur soit reconnu. Le mur érigé à Madrid, n’a pas été jusqu’ici capable d’arrêter le processus qui aspire à la souveraineté, on assiste plutôt au contraire. Même si le gouvernement conservateur central, soutenu par le PSOE, n’a pas cédé d’un iota, les catalans ont continué avec ce qu’ils avaient prévu et se préparent maintenant à lancer un appel unilatéral au référendum pour la souveraineté.

En Europe, on commence à entendre des voix qui appellent le gouvernement espagnol à adopter une position plus conciliante, une position qui reconnaisse sa réalité multinationale. Le Financial Times de Londres a publié un éditorial proposant ce point de vue-là dont la répercussion en Europe a été considerable mais très faible sur le gouvernement de l’Espagne.

Curieusement, c’est le parti Partido Popular au pouvoir qui a créé l’état actuel de confrontation qu’on voit entre l’Espagne et la Catalogne. Pendant les années 2005 et 2006, quand le PSOE était aux commandes du gouvernement central, un processus très sérieux s’est engagé qui a abouti à la approbation d’un nouveau statut d’autonomie pour les catalans. Bien que la législation approuvée n’avait bien sûr pas satisfait les indépendantistes, surtout regroupés au sein d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), elle a representé un pas important en avant par rapport au statut précédent. Le nouveau texte reconnaissait la nation catalane et créait un cadre legal acceptable pour la protection et le développement de sa langue, de sa culture et  de ses institutions historiques. Le processus, en plus, a été très participatif. Il a commencé au parlement catalan, il est passé ensuite au Congrès espagnol et, en fin, il a été approuvé par les catalans lors d’un référendum.

Après cet intense processus, l’historique "problème catalan" semblait avoir trouvé une issue et tout laissait paraître que ça serait comme ça pour longtemps. Mais dès que le statut a été approuvé, le parti PP qui à cette époque-là faisait partie de l’opposition a porté l’affaire auprès du Tribunal Constitutionnel où il y avait (et c’est encore le cas) une majorité de juges conservateurs qui ont procédé à une dénaturation, en déclarant la nullité de 14 articles. Les dispositions annulées ont été, précisement, celles qui avaient trait à la langue, la culture et la nation, et d’autres qui augmentaient les compétences du gouvernement autonome. Après cette sentence, le peuple catalan s’est senti blessé et le sentiment indépendantiste est devenu majoritaire. On en est arrivé à la conviction qu’il n’était pas possible de négocier un accord raisonnable avec Madrid et que les institutions catalanes ne pouvaient se développer qu’avec l’indépendance.

Comme on peut voir, cet événement a eu plein de conséquences. Maintenant la plupart des catalans, plus que l’autonomie, parlent d’indépendance et la droite espagnole, après s’être rendue compte que cette fois-ci c’était sérieux, est prise d’hystérie. Personne ne sait vraiment de quoi ils sont capables. A l’époque de Francisco Franco, il y aurait déjà de tanks sur les Ramblas de Barcelone, mais maintenant l’Espagne appartient à l’Union Européenne et la solution militaire n’est pas bien vue. Qui plus est, la seule chose que demandent les catalans c’est qu’on les laisse voter et actuellement la réponse à cette demande ne peut être donnée par les armes.

Manuel de J GonzálezClaridad, le journal de la nation portoricaine

Anglais

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samedi 8 mars 2014

Faire la propagande de l'Espagne en Catalogne

Dans quelques jours, la présidente du Conseil Régional de l'Andalousie  se rendra en Catalogne pour y mener une campagne contre le référendum convoqué en novembre prochain par le gouvernement de la Generalitat.  Avec Rajoy et Rubalcaba, Susana Díaz complètera la fourche du PPSOE  qui essaiera de convaincre les Catalans, tous les Espagnols et l'Europe que les aspirations des Catalans à décider d'eux-mêmes ne peuvent en aucun cas se matérialiser.
Il semblerait que "notre" Susana se trouve à l'étroit en Andalousie et que les problèmes andalous ne suffisent pas à combler  ses aspirations. C'est pour cela que depuis qu'elle a fait le saut de l'appareil de son parti au centre des projecteurs de la tromperie qu'est devenue la politique,  elle s'évertue à avoir de l'importance au sein du PSOE et en dehors et à exercer un jacobinisme espagnoliste qui est ancré dans ce parti. Etant donné que l'idée d'un "nouveau modèle de production" semble abandonnée et que le futur andalou  se projette à nouveau pour que nous continuions à être un pays subalterne, presque une colonie interne, avec une économie basée sur l'industrie minière et la construction (sûrement pour le tourisme), madame la présidente a tout le temps pour s'envelopper dans le drapeau rouge, jaune et rouge et se consacrer à "défendre l'Espagne". Et elle le fera en terres de mission, en Catalogne, comme une nouvelle Agustina d'Aragon afin d'y faire la propagande de l'Espagne en niant le droit de décider des citoyens catalans.
Elle fera sûrement la propagande de cette option fédérale que son parti défend actuellement et que personne, en dehors ou au sein même de ce parti, sait expliquer en quoi cela consiste. Et elle osera s'adresser particulièrement aux Andalous qui eurent à émigrer en Catalogne et qui sont, avec leurs enfants, des citoyens de cette nation sans pour cela avoir dû nier à continuer de se sentir andalous (ce qui ne sera pas compris par ceux qui confondent la Nation avec l'Etat et l'intégration sociale avec la perte de l'identité culturelle) et qui sont les mêmes à qui on a refusé le droit de continuer à être des citoyens andalous en plus d'être citoyens catalans. Elle essaiera de les convaincre d'adopter une espèce de lerrouxisme et de se comporter comme une cinquième colonne espagnoliste. Cela me semble une manœuvre grossière et dangereuse.
Lors des deux ans de droite de la IIème République, quand le président de la Generalitat, Lluis Companys, et d'autres dirigeants catalanistes furent prisonniers dans la maison d'arrêt de El Puerto de Santa María pour avoir proclamé l'Etat catalan, Blas Infante et les nationalistes de la libération andalouse vinrent leur rendre visite à plusieurs reprises et soutinrent publiquement leur cause. Est-ce que quelqu'un doute sur quel serait le positionnement aujourd'hui de celui qu'on qualifiait du bout des lèvres de "père de la patrie andalouse" sur le droit de décider que revendique sans aucun doute une majorité de citoyens de la Catalogne ? (Si quelqu'un est en désaccord avec une majorité ou croit que la plupart de ceux qui défendent ce droit n'est pas entièrement indépendantiste, il devrait soutenir le déroulement du référendum et il n'aurait ainsi plus de doutes).
L'irruption en Catalogne de Susana Díaz, qui n'est pas seulement une des dirigeantes du  PSOE (ce qui montre jusqu'où est arrivé ce parti) mais aussi la présidente de l'Andalousie, ne répond  en aucun cas à des intérêts andalous. Notamment parce qu'elle ignore qu'en tant que peuple, en tant que "réalité nationale" (je prends cette expression du Statut d'Autonomie en vigueur), l'Andalousie a le même droit que n'importe quel autre peuple de mettre sur la table, si suffisamment d'Andalous étaient disposés à cela,  son droit de décider d'elle-même (comme la Catalogne essaie de faire). Reste à décider si pour rendre possible les profondes transformations dont nous avons besoin, tant sur le plan économique que social et politique, il nous convient d'avoir ou non des structures d'Etat ou des structures confédérales (comme Blas Infante le défendait) ou si le cadre autonomique actuel est suffisant. En toute légitimité, on peut diverger sur ce qui serait le plus adapté et ce qui serait une erreur et il faudrait se baser sur des études rigoureuses et impartiales sur les conséquences (et pour qui) de ces différents choix, mais l'on ne peut nier d'emblée à aucun peuple son droit d'exprimer librement  son opinion majoritaire et que celle-ci soit respectée. Qu'il s'agisse du Kosovo, du Sahara Occidental, de l'Ecosse, de la Catalogne... ou de l'Andalousie. Parce que ceci est, simplement, un droit démocratique (que reconnaissait d'ailleurs le PSOE jusqu'à sa reconversion pendant la transition politique).
 Que la constitution de 1978 nie le caractère plurinational de l'Etat espagnol est un argument très pauvre pour disqualifier le référendum du 9 novembre en Catalogne. Cela reflète les graves insuffisances démocratiques, dans ce domaine et dans d'autres, de cette Constitution. Et cela révèle son caractère fortement nationaliste (de nationalisme espagnol). Si Zapatero et Rajoy ont changé en une nuit un de ses articles pour satisfaire les exigences du capital financier, que personne ne dise qu'on ne peut pas faire des réformes dans un domaine comme celui-ci, qui concerne tous les peuples péninsulaires et leur cohabitation. Si des réformes légales ne sont pas envisagées pour que ce qui est démocratique coïncide avec ce qui est légal, c'est parce que cela n'est pas souhaité. Pour cela également,  comme pour tant d'autres choses, l'unité entre le PP et le PSOE est totale.

Isidoro Moreno Navarro, professeur d'Anthropologie sociale et culturelle à l'Université de Séville.  "Prix L'Andalousie de Recherche Plácido Fernández Viagas sur des sujets andalous" (2001) et "Prix international Ethno-démo-anthropologique  Giuseppe Pitré" (2005) et "Prix Fama" de l'Université de Séville.

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